Parole d’expert : Sophie Lemierre Pupier, Dirigeante fondatrice de Sofia RH et Co-présidente du CLD Hauts-de-France

Parole d’expert : Sophie Lemierre Pupier, Dirigeante fondatrice de Sofia RH et Co-présidente du CLD Hauts-de-France

TRANSFORMER LA RECONVERSION MILITAIRE EN LEVIER DE TALENTS POUR LES ENTREPRISES

Sophie Lemierre Pupier, Dirigeante fondatrice de Sofia RH et Co-présidente du CLD Hauts-de-France

Sophie Lemierre Pupier 34 ans, capitaine de réserve et coprésidente du CLD Hauts-de-France, est la dirigeante fondatrice de Sofia RH, le premier cabinet de recrutement des Hauts-de-France dédié aux anciens militaires et militaires en reconversion.

 

Vous avez connu l’institution militaire avant de rejoindre le monde civil. Quelles compétences issues de votre parcours d’officier ont été déterminantes dans votre reconversion et la création de Sofia RH ?

Je me suis engagée très jeune, à 17 ans, comme réserviste. J’ai ensuite poursuivi mes études en ressources humaines avant d’intégrer l’armée d’active et de rejoindre l’académie militaire de Saint-Cyr pour devenir officier spécialiste RH. Mes sept années dans l’armée de Terre, au 1er régiment de Spahis (Valence), m’ont appris à évoluer dans des environnements mouvants, parfois en opérations extérieures. Quand j’ai quitté l’armée en 2022 pour raisons familiales, j’ai réalisé que les compétences militaires étaient immenses mais très mal comprises dans le civil. Cinq valeurs m’ont guidée dans ma reconversion et dans la création de Sofia RH : l’adaptation, parce qu’il faut constamment apprendre un nouveau langage et un nouveau cadre ; la résilience, indispensable dans des parcours où rien ne se passe comme prévu ; la rigueur, qui permet de tenir une organisation de fer ; la loyauté, valeur cardinale dans l’armée comme en entreprise ; et enfin la détermination, ce sens de la mission qui nous pousse à aller au bout des objectifs. Ces repères ont structuré ma démarche entrepreneuriale.

Vous avez fondé Sofia RH en 2023, premier cabinet régional spécialisé dans les profils issus des armées. Quel besoin aviez-vous identifié ?

J’ai moi-même vécu une reconversion difficile. Quand on quitte l’armée, on sort d’un monde où tout est codifié et organisé (grade, mission, tenue, organisation) pour devenir « monsieur ou madame tout le monde ». On perd ses repères ! Surtout, il est très compliqué d’expliquer son parcours militaire dans un langage compréhensible pour les recruteurs civils. Beaucoup n’arrivent pas à projeter ces compétences par rapport à leurs besoins. Négocier son salaire est également problématique. Face à ces difficultés, j’ai constaté un vrai « trou dans la raquette » et j’ai eu comme une révélation. J’ai donc créé Sofia RH pour accompagner deux publics : les militaires déjà reconvertis, à l’écoute d’opportunités, que je mets en relation avec les entreprises ; et ceux en pleine reconversion que j’accompagne dès la construction de leur projet (bilan d’orientation, CV, préparation aux entretiens, négociation salariale). Cet accompagnement est personnalisé car chaque parcours est unique, chaque départ de l’armée se vit différemment. Nous accueillons tous les niveaux, du militaire du rang à l’officier général. Et le vivier est immense : entre 20 000 et 30 000 militaires quittent l’armée chaque année !

Vous avez développé, en partenariat avec Manuel Davy, président de la Cité de l’IA et France Travail, une plateforme d’orientation innovante. En quoi consiste-t-elle ?

SofiaPro est une première en France et en Europe. Cette plateforme repose sur un triptyque : cartographie des compétences, tests de personnalité et questionnaire d’orientation. L’intelligence artificielle identifie ensuite des métiers cibles et des parcours possibles, appuyés sur les fiches métiers de France Travail. C’est un outil très puissant pour aider les militaires à se projeter et à structurer un projet professionnel cohérent.

Les entreprises expriment parfois des réticences vis-à-vis des profils militaires. Comment les rassurer ?

La principale barrière, c’est la méconnaissance. Les entreprises imaginent un militaire rigide, fermé ou uniquement dans l’obéissance. La réalité est tout l’inverse : ce sont des profils adaptables, responsables, dotés d’un sens du collectif rare. Dès qu’un militaire est recruté, les entreprises en mesurent immédiatement la valeur. Mon rôle est de démonter les préjugés, de sécuriser les recruteurs et de montrer la richesse des parcours issus des armées. La suite logique consiste à renforcer cette acculturation et à fédérer davantage d’entreprises autour de cette démarche, pour transformer la reconversion militaire en véritable levier de talents pour les entreprises.