À 44 ans, cheffe d’entreprise affirmée, Aurélie Moreno-Sauro aime rappeler qu’elle ne devait « jamais » reprendre l’affaire familiale. Et pourtant, vingt ans plus tard, elle dirige Droulet et N.EDM, deux sociétés industrielles qui réparent, usinent, dépannent et avancent… au même rythme qu’elle : vite et droit devant.
Partir pour mieux revenir.
Née à Roubaix, élevée dans une famille où l’on travaillait beaucoup, Aurélie n’avait rien prédestiné au rôle de dirigeante. « Au collège, je voulais être architecte d’intérieur et faire mes études en Allemagne. En réalité, je rêvais juste de partir, de vivre ailleurs ». Bac S, BTS, indépendance rapide : elle trace sa route. C’est une professeure de mécanique productique qui lui ouvre les yeux : « Tu devrais continuer tes études. Présente ton admission en licence. Tu en as les capacités ! ». Elle l’écoute, réussit brillamment son mémoire mais son stage n’est pas convaincant. Là, elle comprend qu’elle n’est pas faite pour la recherche. Elle enchaîne sur un master en mécanique.
Et si c’était elle ?
Un dimanche, autour d’un repas, ses parents apprennent qu’elle est première de promo. Sa mère rencontre le responsable de sa licence, qui lâche cette phrase fondatrice : «Votre fille a toutes les compétences. Prenez-la dans votre entreprise ! ». À 23 ans, Aurélie entre chez N.EDM, l’entreprise familiale, en contrat d’apprentissage. Quelques mois plus tard, son père tombe gravement malade. Elle se retrouve seule à gérer l’opérationnel et le commercial. « Une formation dans le dur. Je n’y connaissais rien mais j’ai tout appris ». Elle rachète un tiers des parts à ses parents, puis la totalité en 2013, au départ en retraite de sa mère. Et décide de pousser plus loin l’aventure entrepreneuriale.
Grandir avec ses entreprises. Sur le terrain, elle observe, analyse, réorganise, et constate que 80% des non-conformités internes viennent de la sous-traitance d’usinage. Alors elle décide, en 2017, de racheter le fonds de commerce Droulet Industries pour en faire sa propre société d’usinage. Puis, ce sera Unimeca à Chauny en 2023, Usinaxe à Wattrelos en 2024. Deux sociétés juridiques, trois unités de production, 24 collaborateurs. « J’ai grandi en même temps que mes boîtes », dit-elle avec simplicité.
Les premières victoires. Aurélie se souvient de la fierté ressentie face à ses premiers contrats cadres avec la SNCF ou Alstom. « Mon père n’osait même pas aller les voir ! ». Elle aime le relationnel, la réactivité, la simplicité d’une petite structure. Son mari a même rejoint l’aventure : l’ancien prof de maths est devenu électromécanicien.
ProMilès, une résonance personnelle. Signer le manifeste ProMilès a été évident. « Mon frère est militaire de carrière. Avant qu’il n’aborde le sujet, je n’avais pas conscience de toutes les possibilités de reconversion ». Pour elle, accueillir un réserviste ou un militaire en reconversion est naturel. « Je veux que mes équipes sachent que ce n’est pas un sujet. C’est même une force ». Et peut-être une porte vers de futurs marchés Défense.
Rien n’était écrit, et pourtant, Aurélie a bâti un parcours solide : acquisitions, certifications, croissance maîtrisée. Une dirigeante instinctive et exigeante, mais profondément humaine. « Ce qui compte, c’est de savoir pourquoi on travaille. Et d’être fiers de ce qu’on construit ».
Des rencontres fondatrices. Aurélie cite sa prof de BTS, mentor disparu trop tôt. Sa mère, partenaire de travail pendant des années. Et une femme entrepreneure, comme elle, Nathalie Beck, rencontrée par hasard dans le négoce de machines-outils, une amie devenue indispensable. « Elle m’aide à lever la tête du guidon, à penser stratégie ». En 2019, elle crée une société d’aide aux personnes malvoyantes, inspirée par l’histoire d’un proche. Une sensibilité qui dépasse l’industrie…
Voyager pour respirer.
Quand elle ne travaille pas, Aurélie voyage. New York, Rome, une croisière Miami–Mexique–Honduras. Bientôt le Sénégal, pays de naissance de son père. Pour les 18 ans de son fils, c’est lui qui choisira la prochaine destination. Et elle nourrit un rêve : finir sa vie à Lanzarote, où « le climat est chaud et l’ambiance tranquille ».
DROULET EN 3 DATES CLÉS :
• 2017 : Reprise de Droulet Industries par Aurélie Moreno-Sauro, qui intègre ainsi l’usinage au coeur de son activité pour sécuriser qualité et délais. • 2023 : Rachat du fonds de commerce d’Unimeca à Chauny, permettant d’élargir les capacités techniques et de renforcer la réactivité industrielle. • 2024 : Acquisition d’Usinaxe à Wattrelos : Droulet consolide son maillage régional et exploite désormais trois unités de production complémentaires.