Ancien technicien avionique de l’Armée de l’Air, Adrien Alonso a troqué les aéronefs pour les toitures. À la tête du groupe ATS, il revendique une culture du travail bien fait, héritée de ses années sous l’uniforme. Rencontre.
De l’Armée de l’Air à la direction d’entreprise, quel a été votre parcours ?
Après un bac scientifique à l’école de l’Armée de l’Air de Saintes, j’ai suivi une formation à Rochefort comme technicien de maintenance aéronautique, spécialisé en avionique. J’ai ensuite servi huit ans sur la base aérienne de Reims, sur Mirage F1 CR, avec plusieurs missions extérieures, notamment au Tchad et en Afghanistan. Ces déploiements de deux mois étaient très formateurs : à chaque retour, j’avais l’impression d’avoir gagné une année d’expérience. Dans l’armée, on apprend à s’adapter, à travailler en équipe et à repousser ses limites. Et surtout, on découvre une autre façon de voir le monde. Cette école du dépassement reste une base solide dans tout ce que j’accomplis aujourd’hui.
Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter l’armée et à vous lancer dans une nouvelle vie professionnelle ?
Je viens d’une famille d’entrepreneurs, alors l’idée d’entreprendre ne m’a jamais quitté. L’armée m’a offert un cadre et une rigueur qui m’ont permis de structurer mes ambitions, mais au bout de huit ans, j’ai senti que j’en avais fait le tour. J’ai préparé ma reconversion de manière méthodique : j’ai repris, à l’âge de 24 ans, des études d’ingénieur au CESI d’Arras, puis j’ai fait un stage dans une entreprise de couverture. J’ai pris goût à ce métier technique, manuel, exigeant, autant de qualités que je retrouvais dans l’aéronautique. Après quelques années comme salarié, j’ai ouvert une agence à Lille en 2012, avant de créer ATS Couverture en 2014 pour « voler de mes propres ailes ».
Vous auriez pu devenir ingénieur ou manager salarié. Pourquoi avoir choisi l’entrepreneuriat ? J’ai parfois eu un peu de mal avec la hiérarchie, mais pas avec la responsabilité. Être entrepreneur, c’est choisir son cap, assumer ses décisions, tracer sa voie. Ce qui m’anime, c’est le développement : faire grandir des équipes, des projets, des entreprises. Aujourd’hui, le groupe compte trois sociétés et près d’une quarantaine de salariés : ATS Lille et ATS Béthune pour la couverture traditionnelle sur marchés privés, et SAC Étanchéité à Saint-Amand-les-Eaux, une entreprise que j’ai rachetée il y a trois ans.
Quelles valeurs de votre formation militaire ont influencé votre manière de diriger ?
Trois mots me viennent immédiatement : ténacité, adaptation et cohésion. La ténacité, parce qu’on ne lâche pas une mission avant d’avoir trouvé la solution. Dans le bâtiment comme sur un théâtre d’opérations, il faut aller au bout. L’adaptation, parce qu’il faut souvent faire avec ce qu’on a, là où on est. Les imprévus sont quotidiens, l’essentiel est de rester opérationnel. Et la cohésion, enfin, parce qu’on ne réussit jamais seul. Fédérer des profils différents autour d’un objectif commun, c’est tout l’enjeu du management, et c’est aussi ce que l’armée m’a appris.
Diriger une entreprise, est-ce une forme de commandement ?
Pas vraiment. Le commandement militaire n’a rien d’autoritaire : c’est avant tout une question d’exemplarité et de clarté dans les objectifs. Sur un chantier, comme sur une base, on donne un cap, on fait confiance, et on rend compte. C’est une culture du résultat, mais aussi du respect mutuel. L’armée m’a appris à faire simple, à aller droit au but. Et surtout à anticiper car rien ne se passe bien sans planification. Cette rigueur, je l’applique au quotidien dans la gestion des équipes et des chantiers.
Seriez-vous prêt à embaucher d’anciens militaires ?
Oui, sans hésiter et je l’ai déjà fait. Ce sont des profils fiables, solides et engagés. Dans les moments critiques, on peut compter sur eux. Ils ont une vraie culture du collectif, une capacité d’analyse et une résistance à l’effort qui font la différence. J’en ai déjà rencontré plusieurs à travers Implic’Action, l’association dont je fais partie et qui aide les militaires à préparer leur reconversion vers l’entreprise. Ils ont tous de belles compétences, mais elles sont parfois mal comprises par les recruteurs.
Quels obstacles rencontrent les militaires lorsqu’ils quittent l’armée ?
Le principal, c’est le changement de repères. Dans l’armée, tout est organisé pour que vous puissiez remplir votre mission : l’hébergement, la logistique, la formation, etc. Quand on en sort, c’est une autre réalité : il faut se débrouiller, « se vendre », naviguer dans un environnement où les codes sont différents. Souvent, les anciens militaires ne croient pas assez en leur profil. Ils ne savent pas toujours traduire leurs compétences dans un langage civil. Les recruteurs, eux, se fient au diplôme ou au CV classique, alors qu’il faut parfois creuser le parcours pour comprendre tout ce qu’un militaire peut apporter : discipline, gestion du stress, sens du collectif, autonomie. C’est aussi le rôle des entreprises et des DRH d’apprendre à lire autrement ces parcours.
Quel message adresseriez-vous aux dirigeants qui hésitent à franchir le pas ?
Je leur dirais simplement : essayez. Vous serez surpris par la richesse humaine et professionnelle de ces profils. Les entreprises cherchent des collaborateurs engagés, capables de s’adapter et de s’investir : les anciens militaires incarnent exactement cela. Ce sont des gens de terrain, formés à travailler en équipe et à gérer les imprévus. Quand ils s’impliquent dans un projet, ils vont jusqu’au bout.
Avec le recul, que vous a apporté votre double parcours ?
Une conviction : les deux mondes ont beaucoup à s’apporter. L’armée m’a donné la discipline et le sens du collectif ; l’entreprise m’a appris la liberté et la créativité. Les valeurs sont les mêmes : rigueur, engagement, efficacité. Aujourd’hui, je mesure à quel point ce socle m’a aidé à me construire. Et je me dis souvent que sans l’armée, je ne serais pas devenu l’entrepreneur que je suis.
À PROPOS D’ATS :
Couverture • Créée en 2014 par Adrien Alonso • L’entreprise propose une gamme complète de services de couverture et de zinguerie • 2 sites à Lille et Béthune • Rachat en 2022 de S.A.C. Étanchéité à Saint-Amand-les-Eaux • Le groupe ATS compte 37 collaborateurs.