À la tête du cabinet Experts Comptables de Gayant depuis juillet 2018, Marie-Jeanne Coyot Bajard, 51 ans, est également conseillère prud’homale au Conseil de prud’hommes de Douai (CPH) depuis octobre 2021. Le 2 février dernier, elle en est devenue présidente. Un engagement qui prolonge 25 ans d’appétence pour les questions sociales et le droit du travail.
Pourquoi avoir accepté il y a 4 ans un mandat de conseillère prud’homale ?
Je n’ai pas choisi ce mandat par hasard. À mes débuts en 1999, j’ai piloté les missions sociales du cabinet cambrésien dans lequel je travaillais : accords, contrats de travail, gestion des litiges, etc. C’est une matière qui m’a toujours passionnée. Quand je me suis installée à Douai en 2018, le cabinet Experts-Comptables de Gayant était adhérent au MEDEF. J’ai proposé ma candidature pour devenir mandataire. Je voulais comprendre les litiges « de l’autre côté de la barrière ». J’avais la compétence technique, mais je souhaitais voir comment les dossiers se vivent et se tranchent au sein d’une juridiction paritaire. C’est un engagement qui a du sens pour moi.
Qu’apporte votre double regard d’expert-comptable et de mandataire MEDEF au sein du CPH Douai ?
Le fond (les connaissances juridiques), je l’avais par mon métier. La forme (procédure et rédaction des jugements), je l’ai acquise grâce à un parcours de formation obligatoire réalisé à l’École nationale de la magistrature (ENM), et complété par des formations continues organisées par le MEDEF. Quand on prête serment, on s’engage à se former ; c’est une responsabilité forte. Aujourd’hui, je siège environ cinq à six jours par mois : bureau de conciliation, bureau de jugement, délibérés, rédaction des décisions. Depuis ma nomination à la présidence le 2 février dernier, cela représente deux jours supplémentaires. Être présidente, c’est diriger le conseil, gérer les incidents d’audience, assurer les relations avec la cour d’appel ou le bâtonnier. Cette immersion me permet d’être plus pertinente auprès de mes clients. Je comprends mieux les litiges actuels, l’évolution de la jurisprudence, les points de vigilance. Je donne du temps au Conseil de prud’hommes, mais j’apprends aussi énormément, c’est un cercle vertueux.
En quoi ce mandat est-il, selon vous, une expérience utile pour un chef d’entreprise ?
Siéger aux prud’hommes, c’est exercer une responsabilité collective. Nous avons encore, dans certaines instances paritaires, la possibilité de faire entendre la voix des entreprises. Si nous ne nous engageons pas, nous perdrons cette capacité d’influence. Au CPH de Douai, des sièges seront bientôt à pourvoir. Or notre conseil affiche des délais moyens de traitement inférieurs à 10 mois, contre 17 mois au niveau national. Cela montre qu’un engagement local fort peut produire des résultats concrets. Être mandataire, c’est agir sur son environnement économique et social, défendre l’équilibre, et aider ses pairs. C’est aussi une expérience humaine exigeante, structurante, qui oblige à prendre de la hauteur. Pour un dirigeant, c’est un formidable apprentissage.
À propos du Conseil de prud’hommes
• Objectif : renforcer la transparence et la prévention des conflits d’intérêts.
• S’inscrit dans une démarche nationale d’exigence accrue en matière d’éthique et d’impartialité.
• Confirme la professionnalisation et la responsabilité croissante des mandats prud’homaux.
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